ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)





En grec ou en géorgien ?

Puisque les deux lettres avant le deux-points sont des lettres-chiffres, la première en est une aussi, et elle ne correspond à aucune des lettres des centaines de rhô à ô méga : c'est donc sampi. Mais là, se greffe un problème inattendu.

Car la première lettre-chiffre, ce sampi réservé aux arithméticiens, que les autres usages du grec ignorent, est transcrite à Annot, non pas comme les spécialistes l’attendent (ϡ), mais par Ϥ(le faï du copte) que l’on trouve équivalent de 900, mais dans la numération géorgienne. Il faut alors ouvrir la Bible des arithméticiens antiques, l’Histoire Universelle des Chiffres par Georges Ifrah (Seghers, 1982) à la page 290.

À la toute fin de son chapitre sur le système numéral grec et ses extensions, cet éminent spécialiste nous apprend que l’alphabet géorgien aurait été inventé au Vème siècle par un moine, Mesrob, à partir de l’alphabet arménien et en se référant au grec, tout comme quatre siècles plus tard les moines Cyrille et Méthode (de Thessalonique) ont inventé les caractères dits cyrilliques, pour transmettre aux peuples qu’ils allaient évangéliser en Europe centrale, l’art de l’écriture.

L’alphabet géorgien comporte 38 lettres dans sa version presbytérale (khoutsouri), comme dans sa version militaire (mhkédrouli) ce qui permet de compter jusqu’à dix-mille, la myriade ; inutile de reprendre les unités et les affecter du symbole des milliers.

Dans les autres systèmes numéraux créés sur le modèle grec, 900 est écrit ɫ en gotique, en copte par une ligature ressemblant au christogramme (chi et rhô superposés) surmontée d’un trait.

À la page 270 Georges Ifrah montre l’équivalent hébreu pour le chiffre 900, la lettre tsadé (une des composantes du sampi grec) qui s’écrit alors ץ (en finale de mot) soit l’inverse du signe Ϥ que nous lisons à Annot.] Conclusion Le Saint-Esprit dit : "il n'est que Dieu de permanent".

Les trois premières lettres suggèrent donc au passant (autant qu’au maître de la maison) de reconnaître que Dieu est l’infiniment grand, et le seul être permanent. Cette révélation vient de l’Esprit, la troisième personne de la Trinité, qui souffle le jour de la Pentecôte, pour envoyer les disciples prêcher l’Évangile dans toutes les langues.

Le graveur a certainement recopié, à Annot même ou ailleurs, un modèle qui lui aura été transmis (et si c’est sur place qu’il a travaillé, il y a lieu de penser que la personne qui lui aura fourni le modèle ne savait pas beaucoup de grec, pour lui faire écrire deux thétas différents).

On peut penser (simple suggestion) que l’abbé Honoré Verdollin - qui avant d’être curé d’Annot l’a été de Ternay dans l’Isère dans les années 1760 et s’est trouvé alors proche de l’archevêché de Vienne - aura trouvé cette formule dans la bibliothèque et l’aura recopié ; ce serait peut-être un manuscrit de Raban Maur, Louange de la Sainte Croix, écrit vers 810, qui se trouve à Lyon). Il faut de toute manière expliquer comment et pourquoi le chiffre initial (900) est celui qu’utilisent les arithméticiens géorgiens, et non pas celui des textes grecs.

Le mystère est loin d'être éclairci...

Patrice Cauderlier (Université de Bourgogne - École normale supérieure - Membre de l'A.D.P.C.

NB:
Un peu plus de deux siècles avant cette inscription, à Dijon, le propriétaire d’une maison située près du Palais des anciens Grands-Ducs d’Occident, dans une rue qui se nomme toujours Verrerie, au n°21, avait fait graver – en majuscules - ὅπου ἡ ἑιμαρμένη καλεῖ (sic pour l'esprit rude) sur deux lignes, la seconde encadrant la date : 1570.

Là où le destin m’appelle" disait, et dit toujours, la demeure.

Elle a connu les guerres de religion (elle a été achevée 2 ans avant la Saint-Barthélémy, et 20 ans avant la guerre civile, menée par la Ligue contre Henri de Navarre) : est-ce à dire que son propriétaire, comme celui d’Annot, pressentait de difficiles lendemains ?

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