ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)





Parmi les personnalités de la Haute-Provence que les événements, à partir de 1787, allaient mettre en évidence, Jacques Verdollin est certainement l'un des plus remarquables par ses qualités et son caractère : intelligence vive et déliée, étendue des connaissances, rectitude du jugement, fermeté des principes, dévouement aux intérêts de son pays, parfaite honnêteté, dignité de la vie privée, qui lui valurent l'estime des Provençaux et de flatteuses distinctions.

Il réalise en somme l'idéal de cette bourgeoisie qui constituait la solide armature de l'Etat, lui fournissait tant de serviteurs distingués. Il appartient à cette génération de la deuxième moitié du 18ème siècle, d'une forte culture classique, nourrie des historiens, mémorialistes, philosophes, grecs et romains où elle avait puisé des idées généreuses de liberté, de fraternité et d'humanité. Elle était imbue des œuvres, des doctrines, des philosophes : Montesquieu, Voltaire, Diderot, d'Alembert et surtout Rousseau.

Cette culture était libérale, gallicane, théiste. Elle avait subi l'influence de l'Angleterre et particulièrement, des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, qui avaient applaudi aux succès des insurgés américains et à la déclaration des droits de 1776.

Jacques Verdollin, né et baptisé à Annot le 29 novembre 1738, avait eu pour parrain Messire Roux, prêtre chapelain de la paroisse, et pour marraine sa sœur, Marie-Françoise.

L'acte de naissance de  M. Jacques Verdolin  

Il étudia au collège d’Annot (Saint Vincent de Paul), ouvert depuis peu par Antoine Robion et termina ensuite ses études sans doute au collège Bourbon d’Aix-en-Provence. Puis, fit dans cette ville ses études de droit et y obtint son titre d’avocat à la cour du parlement.
Il s’installa en 1763 à Annot auprès de son père. Il épousa en 1767, demoiselle Thérèse Daudet, fille d’un conseiller du roi à Digne.

De son mariage est née une fille unique Marie-Marguerite. L’arbre généalogique de cette grande famille a une constante : l’absence quasi-totale des héritiers mâles, dont beaucoup sont morts en bas-âge ; quelques uns d’entre eux, devenus ecclésiastiques, n’ont pas permis le maintien du patronyme Verdollin. L’entrée principale de la demeure se situe rue Saint Jean.

La partie touchant le rempart est certainement la plus ancienne, 15ème ou 16ème siècle.

Quant à l’extension qui surplombe la rue des Moulins, elle est sans doute du 17ème siècle, date de l’acquisition de l’actuel grand parc, anciennement "Pré communal" dans les archives en 1486.

Cette demeure est sans doute une des plus belles et authentiques de la cité et son histoire ne fait que renforcer l’intérêt que les annotains lui vouent.

Dans son testament olographe du 4 mai 1768, son père Augustin, fils d’Alexandre, notaire d’Annot, devenu veuf, réglait définitivement sa succession en faisant de Jacques, son héritier universel.

Jacques Verdollin, cet enfant d’Annot, fut tout à la fois, notaire, juge de paix, avocat, plusieurs fois maire de la ville dès l’âge de 25 ans, député de Draguignan au parlement d’Aix-en-Provence avant la révolution ; procureur général syndic du département des Basses Alpes en 1792 et député à la Constituante et à la Convention à Paris (future assemblée nationale) à partir de 1792.
Pour découvrir le laisser-passer de M. Jacques Verdolin 

Son érudition, son charisme, son intégrité et sa diplomatie firent que le bain de sang, classique de la période révolutionnaire, fut évité sur la région d’Annot pendant sa sage administration.

Malgré sa position sociale et sa famille fortunée, il fut toujours acquis aux idées nouvelles et humanistes d’égalité et de fraternité et prit sans cesse la défense des opprimés. Ainsi, peu avant la révolution, au mois de mars 1789, la Provence fut troublée profondément par des émeutes dues à l’attitude des privilégiés, à la misère déterminée par de mauvaises récoltes, par la peur de manquer de pain.

À Aix, Toulon, Marseille, Brignolles, Sisteron où l’évêque fut assailli à coups de pierres, à Riez, Moustiers, Soleilhas et Annot, le peuple se livra à des excès imprévus. La fermentation était grande.

Tandis que l’état se préparait à châtier durement les mutins par l’envoi de l’armée en Provence, Jacques Verdollin, chercha à éclairer les ministres et prit énergiquement la défense des provençaux dans une lettre courageuse adressée le 25 mars au ministre d’état Necker.

Cette magnifique lettre restera dans les mémoires collectives comme la preuve de l’habileté et de l’humanité de son auteur car elle sauva, sans doute, la vie de milliers de provençaux.
Pour découvrir la lettre au ministre d'état du roy Louis XVI, Jacques Neker de  M. Jacques Verdolin 

Après l’envoi de cette missive, le ministre Necker renonça à envoyer l’armée !

D’autre part, Jacques Verdollin fut un ardent défenseur de notre langue provençale ; c’est en provençal qu’il rédigea et clama la plupart de ses nombreux discours à ses pairs régionaux, au parlement d’Aix.

Procès verbal de démarcation et de divisions en districts et cantons du département des Basses-Alpes 

Son érudition lui permit d’être l’un des rédacteurs de la constitution et de la déclaration des droits de l’homme...

Il mourut le 16 avril 1793, malade, mais aussi épuisé par sa tâche et son angoisse d’être accusé de "modérantisme", car il n’avait pas voulu voter la mort du Roi, mais son bannissement, hors du Pays. Or, tous les députés n’ayant pas voté la mort furent tous décapités…

Il demeurait le seul à ne pas l’être. Sa mort naturelle lui a peut-être évité la guillotine ?

Que sa mémoire reste à jamais chevillée dans le cœur des Annotains... 

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