ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)





Nous avons parlé, de la vie réelle de Saint Fortunat, du moins de ce que nous supposons être, dans ces siècles d’obscurantisme du bas moyen-âge.
Nous allons aborder, maintenant sa vie, comme on dit en Provence de "Santibelli", de santon, de statue de terre cuite.
Cet angle de vue nous permet d’y intégrer nos propres ancêtres, pour ceux qui sont issus de ce village et de permettre à tous d’imaginer la vie de tous ceux qui nous ont précédés, face à leur religion et leur histoire.
Nous avons dit que les festivités pour commémorer Saint Fortunat avaient été fixées par le clergé d’Annot, avec l’accord de l’Evêque de Glandèves, au lundi de Pentecôte en l’an de grâce 1675, où une grande procession des "Corps Saints" serait organisée à la chapelle de Vérimande.

Deux mots sur cette chapelle, dont plusieurs historiens attestent de l’existence déjà au temps des templiers, soit au 12ème siècle.
L’inscription latine au-dessus de la porte nous renseigne un peu et nous apprend que "la vétusté l’abattit et que la piété l’érigea".
Plusieurs historiens parlent d’une restauration ou reconstruction au 18ème siècle sur des ruines plus anciennes.
Ce que nous pouvons supposer, d’après plusieurs écrits, notamment de l’Abbé Féraud au 19ème siècle et l’existence d’une porte à l’arrière d’une ferme encore présente de nos jours, proche de la chapelle, c’est l’existence au 12ème siècle d’une manse ou ferme templière, appelée depuis toujours "la Tour de Templiers".

Or, le règlement interne de cet Ordre, stipule "l’obligation pour les Frères, d’aller tous les jours à la messe dans un lieu consacré par leur Ordre et non dans un lieu de culte chrétien ordinaire, où les femmes seraient présentes".

A ce sujet, dans la décennie 1970, non loin de la chapelle, à l’occasion de travaux sur le canal d’arrosage, des sépultures très anciennes de pierres contenant des ossements humains ont été découvertes. Peut-être une nécropole templière ?
Nous n’en savons rien, à ce jour et ces découvertes, à l’époque ne furent pas déclarées ! Concernant l’étymologie de Vérimande, notons que l’ancien cadastre parle de "Vélimande".

Si l’on décompose ce mot de langue provençale, cela devient "Ve, li mand", soit "Vois les commandements" (les ordres). Cela peut correspondre au quartier d’où viennent les ordres 

Des Templiers, bien entendu, qui dirigeaient le pays d’une main de fer

Revenons rapidement à notre Saint Fortunat, qui, jusqu’au début du 20ème siècle, fit couler beaucoup d’encre ou plutôt beaucoup de salive. Remarquez ses traits d’une grande finesse et son allure d’éphèbe. Tout cela fit jaser et des envieux, sans doute moins bien gâtés par la nature, émirent même des doutes sur sa masculinité !

Avant la guerre de quatorze, une bagarre éclata même entre la jeunesse d’Annot et celle du Fugeret sur une parole malheureuse "Vòstre Sant Fourtunat es belèu qu’uno fremo" (votre Saint Fortunat n’est peut-être qu’une femme) ! Le clergé de l’époque répondit sobrement que la virilité d’un martyre ne se mesure pas à quelques poils de barbe et l’affaire fut close, diplomatiquement du moins

Pour ce qui fut des rapports humains, il a bien fallu deux générations pour oublier ce sacrilège…Pensez donc, Saint Fortunat… Une femme !

Nous allons pour finir, voir ce à quoi nous avons échappé, par rapport à ce qu’ordonnaient les archives de la paroisse, peu avant la guerre de quatorze.

Quand je dis, nous, je parle aussi du clergé qui avait la charge de toutes nos âmes. Quel poids, mon Dieu !

Pour ce qui est de la fête de la Pentecôte : le dimanche, premier pic à la grosse cloche à 4h et quart le matin, repic à 4h et demie, la volée de cloches à 5h00 moins le quart et à 5h00 précise, le premier office commençait. Il était constitué en grande partie de bergers et d’éleveurs qui, fête ou pas fête, étaient tenus de traire et de soigner leur bétail, dès l’aube. Ils feraient fête plus tard ! Ils seraient pardonnés par le Bon Dieu de travailler le dimanche.

D’ailleurs un proverbe était là pour les absoudre : "Qui travaille, prie".

À 7h00 du matin, la messe était dite à la chapelle du collège Saint Vincent de Paul, en présence des élèves, des professeurs et des parents d’élèves.
À 10h00, la grand-messe était célébrée en l’Eglise d’Annot.
À 17h00, les vêpres étaient dites en l’Eglise d’Annot.

Après ces Vêpres, la Congrégation des Demoiselles d’Annot, les Anges de la Vertu, établie en l’honneur de l’Immaculée Conception de la très Sainte Vierge de Vers-la-Ville, accompagnée d’un prêtre en habit de chœur, va, en procession à Vers-la-Ville, chercher la statue de la Vierge, qui demeure à l’année dans ce sanctuaire, sous la garde et la protection du Prieur de la Chapelle et gardien des clefs, qui loge à l’ermitage voisin.

La troupe redescend, les jeunes filles, seules, avaient la permission de porter la statue de la Sainte Vierge et les nombreux fidèles, attendant à la basse rue, accompagnent la Vierge à l’Eglise en chantant "Notre Dame de Vers-la-Ville".

Le même soir, à la nuit tombante, la Congrégation des Frères Pénitents de Notre –Dame de la Miséricorde, établie à Annot depuis le 16ème siècle, après la tenue des Vêpres dans leur chapelle, fait une procession dans son grand apparat, masqués, comme il se doit, avec en tête, un prêtre de la paroisse en habit de chœur, brandissant le Saint Sacrement. Ils vont à la Croix du Bàrri et retournent à l’église en faisant le tour du village, suivis des fidèles portant des lanternes vénitiennes.

Tout le long du parcours, de nombreux fidèles, agenouillés au sol, honoraient la procession.

Le retour à l’Eglise se terminait vers 9h00 et demie après la bénédiction du Saint Sacrement et le baisement des reliques de Saint Fortunat.

Le lendemain, lundi, le jour de Saint Fortunat, la première messe était de nouveau sonnée et célébrée à cinq heures du matin.

À 10H00, s’ébranlait la procession dite des "Corps Saints", où tout le peuple des fidèles accompagnait Notre Dame de Vers-la-Ville et Saint Fortunat vers la chapelle de Vérimande.

La grand-messe était dite devant le bâtiment. En cas de pluie, ce qui n’est pas rare en cette période, seuls le clergé et les notabilités se pressaient dans la petite chapelle…
Le reste des fidèles s’estimait bien trop heureux de recevoir l’ondée divine, tant implorée dans les prières pour les cultures en cette période de l’année !

À ce propos, Saint Fortunat n’était-il pas le patron des jardiniers, en Provence ?

À la fin de la messe, vers midi, les fidèles rentraient au village à la débandade, selon les termes des archives.
Dès trois heures de l’après-midi, la grosse cloche sonnait le rappel et à 4h00, les prières suivies des Vêpres étaient reprises devant la chapelle de Vérimande.

À la fin de cette messe, tout le peuple rentrait à l’Eglise d’Annot en procession solennelle qui ramenait Saint Fortunat et Notre Dame de Vers-la-Ville à l’Eglise.

Le lendemain, le mardi, après la messe de 5h00 du matin, dès 9h00, s’ébranlait la dernière procession qui devait remonter la statue de Notre Dame dans son sanctuaire de Vers-la-Ville, toujours portée par les" Anges de la Vertu"( jeunes filles de onze à quinze ans) et c’est le Prieur de la chapelle qui célébrait la messe, entouré de tout le Clergé d’Annot.

Le Prieur de la Chapelle de Notre-Dame de Vers-la-Ville serait enfin rassuré pour un an de la présence de sa virginale patronne en ce saint lieu !
N’en était-il pas le gardien et le garant !

    
 

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