ASSOCIATION
pour la DÉFENSE du
PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot
(04240)
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Nos
ancêtres paysans travaillaient douze heures par jour et six jours par
semaine.
La
religion interdisant le travail le dimanche, ils fréquentaient l’église
le matin, mais la soirée se passait parfois au cabaret, dans la mesure
de leurs moyens financiers et quand il y avait un cabaret. Ce n’était
pas le cas dans les petits villages.
Depuis
le 16ème siècle, en Provence et surtout au 19ème
siècle, les paysans modestes avaient imaginé un moyen pour se réunir
dans la période hivernale et qui ne serait pas un établissement
commercial, mais un genre de cercle privé, réservé aux seuls membres.
C’est ainsi que naquirent les "Chambrettes", dans les petits villages
et les hameaux.

Chez
nous, à Argenton, au Fugeret, à Méailles, à Saint Benoit, à Peiresc, à
Braux, à Rouainette, à L’Iscle, à Ubraye, à Vergons et à Annot.
Elles
étaient fréquentées par des membres qui payaient leur carte annuelle et
qui, seuls, y avaient accès. Les produits consommés étaient achetés en
gros et permettaient une revente au prix coutant (comme le pain de
sucre par exemple). Les chambrettes
étaient ouvertes dès la Toussaint et fermaient avant la période de
Pâques où le travail à la ferme devenait intense.

Le
travail du ménage et du service était fait par un semainier désigné à
tour de rôle et les femmes y étaient interdites pour ne point semer le
trouble.

Les
membres devaient, à chaque visite, apporter deux bûches de bois pour le
chauffage du local dans le grand poêle qui gardait au chaud le café et
qui permettait de faire une cuisine simple, car pour ceux qui
habitaient loin, quelques plats étaient proposés où souvent le client
lui-même se faisait à manger.

Néanmoins,
des châtaignes bouillies, des "crespèu" (Sorte de crêpe riche en farine
et pauvre en œuf, permettant d’accommoder des restes d’aliments de la
veille, du lard ou du fromage.)divers, du pain, du fromage et
charcuteries locales ainsi que de la "poutrolle" (Bouillie de farine
locales, sarrasin, pois-chiches ou épeautre.) étaient au menu. Vous
découvrirez le sobre menu de l’époque proposé sur l’ardoise.
C’était
surtout là qu’était apprécié le fameux "catchetti" (brousse fermenté),
grillé à la braise sur des tartines de pain devant le poêle !

Les
boissons étaient le café (à la chicorée) accompagné de deux sucres, le
verre de vin chaud sucré à la cannelle, de la piquette (lou mièch),
demi-litre, accompagnée souvent de la limonade fabriquée à Annot par la
famille Honnoraty au 19ème siècle, l’eau de vie
locale et
l’absinthe ; l’absinthe était l’apéritif le plus bu à l’époque et ce,
par toutes les classes sociales ; elle fut interdite à partir de 1915,
pour des raisons officielles de dangerosité. Une grande vitrine vous a
été proposée sur cet apéritif qui fut célébrissime à l’époque !

La
chambrette revendait à prix coutants du tabac et des produits annexes
que les membres ne pouvaient trouver que dans le bureau du tabac
d’Annot. Il y avait alors le tabac à chiquer, la fameuse carotte,
vendue au poids par dix grammes, puis le tabac à priser, en poudre
fine, puis le tabac gris à fumer dans la pipe et à rouler dans le
papier Job.

On
jouait dans ce local à de nombreux jeux. Jeux de cartes, comme le
"vitou" (le poker local), la manille (ancêtre de la belote), le piquet
(déjà présent au moyen âge) et l’écarté ; tous ces jeux demandaient des
jeux de 32 cartes, les plus anciens.
Par
ailleurs, le jeu de "la Mora" était fort populaire, surtout
chez
les bûcherons ; ce jeu qui nous vient de l’époque romaine fut remis à
la mode par les ouvriers piémontais venus chez nous pour la
construction du chemin de fer, à partir des années 1880.
Les
chambrettes ouvraient en début d’après-midi et fermaient tard dans la
nuit. Il y avait souvent une alcôve avec un lit, où les membres
pouvaient évacuer leur trop-plein d’alcool avant de repartir dans leurs
foyers.

Un
abonnement à un ou deux journaux était courant et ceux qui savaient
lire, souvent l’instituteur, donnaient les nouvelles aux autres.
C’est
ici que la chambrette a certainement apporté à beaucoup une culture
politique et sociale et révélé une conscience citoyenne.
En
décembre 1851, lors du coup
d’état qui mit en place le Second Empire, privant le pays de la
République, le département qui organisa la fronde au nouveau régime et
qui le paya chèrement par une répression terrible, fut
les Basses
Alpes. Les bas-alpins furent nommés le "insurgés".
Il
est probable que le nombre important de ses chambrettes n’y fût pas
pour rien !
Les chambrettes accueillaient, les dimanches et fêtes, un violoneux ou
un "flutaire", qui permettait d’écouter de la musique locale et les
hommes chantaient alors des chansons anciennes, souvent libertines.
Il
arrivait même qu’ils dansent entre eux, seuls, face à face !
Pour rentrer le soir, à la nuit tombée, les clients se menaient
impérativement une lanterne à chandelle ou à pétrole, ceci leur
permettant d’y voir, mais aussi d’apeurer les loups en grand nombre à
cette époque.
Une
histoire épouvantable arriva à Braux en 1870 à un brave garçon qui
trouva bon de ne pas porter ce jour-là de lanterne pour rentrer chez
lui, en pleine nuit, en rentrant de la chambrette …Tout cela
parce qu’il y avait la pleine lune !
Il
paya de sa vie pour économiser une chandelle et fut dévoré par les
loups, à l’oratoire Saint Martin !
