ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)




Un camp d’internement, 1915-1920, succède à l’institution scolaire

Le collège d’Annot se perpétua jusqu’aux années cinquante, date à laquelle il fut vendu à la chaîne des Collèges Stanislas, qui perdura jusqu’en 1964.

Abordons un sujet tout à fait différent, car ce collège a cessé son activité scolaire entre 1915 et 1920:
Au cours de la guerre de quatorze, un certain nombre de ressortissants du territoire français d’origine allemande et autrichienne, des alsaciens, des lorrains, qui étaient citoyens allemands depuis 1871, mais aussi certains individus des pays de l’est parurent suspects, de par leurs racines.

Les dirigeants français jugèrent qu’ils pouvaient représenter un danger potentiel de trahison contre la France. Une vigilance active se fit donc sur tout le territoire français, dans une cinquantaine de camps. Ces personnes furent mises en surveillance, souvent avec leur famille, dans des camps dits "de faveur".

Le collège d’Annot fut l’un de ces camps, dits aussi "camps d’internés civils". Ces personnes n’étaient pas véritablement prisonnières, au sens strict du terme, puisqu’elles avaient la permission le jour, de quitter les murs et même de travailler dans le village ; de plus, les enfants fréquentaient l’école communale.

Cependant, il fallait tous les soirs, regagner le bâtiment et répondre à l’appel.

La surveillance était opérée par des militaires retraités.

Sur cette photo, deux dames font la lessive dans la cour. Ici la plantation d’un platane, en novembre, alors que la montagne de Colle basse est sous la neige.
       
    
Plusieurs personnes suivent le déroulement des opérations, ce qui leur procure une attraction en ces périodes de désœuvrement, en dehors du jardin et des travaux domestiques. Leurs conditions de placement étaient très spartiates : la ration alimentaire austère et seul le jardin potager pouvait un peu améliorer le faible ordinaire.

Les internés s’en plaignaient, mais on leur rétorquait que leur chance était de ne pas se frotter aux combats et ne pas risquer leurs vies !

On prend le soleil dans la cour. On se promène en famille. Les femmes font du tricot et de la couture sous un tilleul…

On pourrait, dans l’ignorance, imaginer une tranquille scène de dimanche dans un square public.

Seul, sur la droite, un garde qui surveille tout son monde, devant sa guérite, nous rappelle à la triste réalité et aux temps de la guerre !

La correspondance de ces internés était étroitement contrôlée et la censure du courrier était de mise.

Nous en trouvons la preuve avec cette photo d’une carte-lettre d’un interné écrivant à une parente en Autriche tamponnée par le directeur du camp d’Annot.
Ce camp fut démantelé début 1920 et le collège Saint Vincent de Paul reprit ses fonctions d’origine.

NB : la série de photos sur ce camp de faveur fut prise par Isidore Aubert, photographe professionnel.

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