ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)





Lettre de M. Daviot de Nice, célèbre radiologue, natif d’Annot, qui ne mangeait que des produits locaux.  Il écrit le 13 mars 1913 à M. Pellegrin, boucher à Annot :
Cher Monsieur, Je vous envoie un mandat de 55Fr55, montant des factures du mois de février 1913.
Voulez-vous m’envoyer, chaque samedi, jusqu’à nouvel ordre, un morceau de porc et un morceau de veau ;
pas de gigot le samedi, c’en est assez du mardi, car je ne veux pas manger du mouton toute la semaine.
Que ces deux morceaux de viande aient un poids égal chacun et servez-moi bien, car en ces temps de fête de Pâques, je reçois de la famille pour deux ou trois semaines ;
quant aux mardis, envoyez-moi toujours le même gigot d’agneau et des côtelettes comme d’habitude ;
je ne tiens pas spécialement à un seul gros gigot, vous pouvez m’en mettre deux ou trois petits, car je ne veux que de l’agneau, pas du mouton, qui ne vaut pas du tout l’autre.
C’est bien entendu, Monsieur…N’est-ce pas, envoyez-moi ce que je vous demande.
Recevez mes salutations empressées. Bonjour à Annot.
P.S : Dites-moi ce que je vous dois pour les fromages et merci pour le dérangement.
Vu le froid qui règne, ils auraient dû arriver en bon état. Cependant, ils étaient un peu…avancés…Prenez garde pour la prochaine fois.

M. Daviot écrit plus tard :
Je vous envoie un mandat de 54Fr, montant des neuf colis que vous m’avez envoyés, plus 5Fr40 de port.
Monsieur, je vous prie de bien soigner l’état et l’envoi de mes colis.
Recevez, cher M. Pellegrin, mes salutations.
De nouveau, le 3 mars 1914, M. Daviot écrit encore :
Monsieur, Je vous envoie ci-joint un mandat de 117Fr40, montant de vos factures de janvier et février, ports compris des 17 envoi.
Vous voudrez bien me dire si nous sommes d’accord ; j’ai, au mois de février, égaré deux factures, celle du 7 et celle du 24.
Je vous envoie donc en plus 12Fr pour cela. Vous me direz ce qu’il me reste à vous devoir.
J’aimerais également que vous me mettiez à chaque fois, le poids et le prix de la viande, dans les colis et les factures, car il y a des fois où je me demande combien vous me le comptez, le veau ? La note du 21 février, 1kg100 de veau à 3Fr60, ça me le fait, rendu chez moi, avec le port, plus cher que si je l’achetais à Nice.
Evidemment vous me direz que c’est du veau de la montagne, élevé au grand air… Mais, ce n’est pas avantageux !
J’espère, Monsieur, que vous me considérez comme un bon client et qu’à ce titre, je dois payer le même prix que vos clients habituels .
P.S : Dites-bien à votre femme que j’ai gouté à sa poitrine et qu’elle est délicieuse, comme d’habitude.
Tous mes invités l’ont dégustée et ne l’oublieront pas de si tôt !
Le 11 mars 1914, M. Monge, un épicier d’Annot, répond à M. Fournier de Cannes, qui s’était plaint d’une livraison d’huile d’olive.
Cher M. Fournier, Je suis très étonné que l’huile que je vous ai envoyée ne vous plaise pas ;
c’est très fâcheux ; la chose n’en sera pas grave, malgré cela ;
mais je serais heureux que vous conveniez que je vous ai envoyé de l’huile identique à celle que je vous ai fait goûter à Annot et que vous soyez persuadé que j’ai attaché beaucoup d’importance à votre commande et que je tenais à vous servir le mieux.
C’est moi-même et non le commis qui a préparé votre commande et votre envoi et je pensais alors que vous seriez sûrement très satisfait.
C’est l’huile que je livre au Grand Hôtel Grac !
Peut-être que ce genre d’huile très fruitée ne vous plaît guère et que vous la trouvez forte.
Je ne pense pas qu’en descendant à Nice, elle ait ranci en si peu de temps ! Je vous le répète, j’avais et j’ai toujours la conviction de vous avoir servi en confiance, comme je le ferai, à l’avenir.
Au fait, en ce moment, j’ai de l’huile de bien meilleure qualité que celle que je vous ai envoyée, plus douce, mais grasse aussi et forcément, cette dernière vous plaira, il n’y a pas mieux !
Je me mets à votre entière disposition pour la remplacer et ne vous inquiétez pas, j’arriverai toujours à tirer parti de l’ancienne.
Renvoyez-moi la bonbonne entamée, bien bouchée et ayez l’obligeance de me mettre une bonbonne vide, bien attachée à l’autre.
Je vous la réexpédierai de nouveau, au prochain train. Croyez-moi, vous serez content de celle-là.
Recevez M. Fournier, mes salutations empressées.
Le 3 juin 1914, nous apprenons qu’un certain Marcellin a été admis à l’hôpital de Nice où il est descendu par le train. Il est très bien soigné, mais ils ne peuvent plus rien faire, alors il va reprendre le train très bientôt. En effet, il déclare, sans aucun humour :
Il me reste une petit bouton sur la corde vocale gauche, mais ils ne peuvent me le brûler, car ils risqueraient de me couper la voix.
Croyez bien que je suis très ennuyé à ce sujet, car je ne pourrai plus être standardiste dans mon régiment.
Il conclut, en disant : J’espère bientôt vous embrasser et vous donner des meilleures nouvelles et ce, de vive voix.
Une cliente de Nice se plaint encore à un autre boucher, dont la fille se nomme Marie :
Chère mademoiselle Marie, Nous sommes très ennuyés de manger toutes les semaines le même gigot de mouton !
Je vous avais demandé cet été de m’envoyer, par le train, un mercredi, du mouton, un mercredi, du porc…
Donc, si vous pouvez, envoyez-moi, ce mercredi, un beau rôti de porc ;
si cela est impossible, ne m’envoyez rien, mais prévenez-moi par un petit mot, pour ne pas envoyer inutilement la petite à la gare du Sud.
Vous comprenez qu’elle ne va pas traverser tout Nice, pour s’entendre dire qu’il n’y a rien pour nous.
Elle a autre chose à faire. Maintenant, si vous préférez m’envoyer le porc, dimanche prochain, nous pouvons attendre jusque là !
Vous me mettrez alors un colis de 5 kg, moitié porc, moitié veau, mais pas trop gras, le veau, pas le porc.
Si un samedi, vous aviez une belle langue de vache, vous pourrez me l’envoyer, mais en attachant bien le paquet, qu’il n’arrive pas comme l’autre fois….
Le mercredi suivant, vous pourrez alors, dans ce cas, uniquement, m’envoyer un gigot.
J’espère avoir été suffisamment claire et que vous êtes tous en parfaite santé, comme nous-mêmes.
Recevez mes meilleures salutations.
Victorine Carles

On ne peut pas être plus clair, Melle Marie aura surement compris qu’une langue de vache ne doit pas trainer sur les banquettes du train des Pignes, à moins d’y être solidement attachée !
Dans un autre domaine que celui de la boucherie et n’y recherchons aucune similitude, nous retrouvons, en 1914, un certain Marcel, qui a des problèmes à propos d’une plaque funéraire.

Le 29 septembre, il écrit à sa famille :
Comme vous me l’avez demandé, j’ai fait faire à Nice, une plaque pour notre pauvre maman.
Mais j’ai besoin de votre avis : doit-on mettre "regrets éternels" ou "nous ne t’oublierons jamais".
La deuxième version est plus chère de 50 centimes, mais elle est plus…élégante.
Faut voir…
De même pour les boutons de cuivre, ils peuvent être en cuivre naturel ou bien en cuivre doré ;
la deuxième solution coûte 3 Fr de plus, mais ils ne terniront pas ; les premiers, il faudra toujours aller frotter avec du naol !
Qu’en pensez-vous ? Envoyez-moi votre réponse, car j’ai dit au marbrier que c’était trop important pour décider tout seul.
Quant à moi, si vous me demandez mon avis, je pense qu’il vaut mieux "regrets éternels", car on va droit au but.
Mais pour les boutons, faut voir, car les boutons dorés resteront brillants plus longtemps ;
quand même, elle le mérite bien, la pauvre maman, après tout ce qu’elle a fait pour nous.
Mais il faut bien réfléchir, car cela coûtera plus cher.
Dépêchez-vous, car j’aimerais bien que tout soit prêt pour la Toussaint, fête de nos chers morts.
Je vous enverrai la plaque bien enveloppée dans du papier.
A la gare, défaites-là pour voir si elle n’est pas abimée.
Sinon refusez-là, c’est le train qui est responsable, à cause des « trémoulements ». 
Au prix que ça coûte, le transport ! Si elle n’est pas abimée, mettez-là en place délicatement sur la tombe, pour ne pas la casser.
A bientôt, je vous embrasse tous, Marcel.
Dans le genre "tapeur", le jeune Louis-André est passé maître. Il est allé passer quelques jours dans la famille de son frère à Cannes et en profite pour se faire soigner les dents ; il écrit à ses parents en 1914 :
Très chers parents
C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai reçu de vos nouvelles et surtout votre mandat, car je commençais à languir, de vous voir ;
le temps me paraît long et il me tarde de retourner auprès de vous dans nos montagnes…(le bon petit, quand même)
Toutefois, le traitement chez le dentiste n’est pas fini et je dois m’y rendre tous les jours ;
il prend beaucoup de peine pour me soigner les dents qu’il a trouvées en très mauvais état.
Il va m’arracher les deux grosses que j’ai devant et il me soigne celles de dessous ; je souffre beaucoup et surtout cela coutera très cher.
A propos, il faudrait que vous ayez l’obligeance de m’envoyer encore des sous, car vous ne m’en avez pas assez envoyé.
C’est incroyable, mais on ne se rend pas compte là-haut, de ce qu’on peut dépenser en ville ! 
Si vous pouvez m’envoyer ça au plus tôt, car je compte partir dès les premiers jours de la semaine prochaine, pour pouvoir vous embrasser au plus vite…
A propos, avant de partir, j’aimerais faire un cadeau aux enfants, un jouet, peut-être une toupie, et une poupée de chiffons…
je choisirai selon le prix, alors faites comme vous pourrez pour les sous, mais c’est sur, ça coute cher, les jouets, surtout en temps de guerre !
Je pense aussi qu’il me faut une paire de bons pantalons pour l’hiver et aussi une casquette de laine…
Je trouverai mieux à Nice que là-haut.
En résumé, envoyez-moi ce que vous pourrez et aussi n’oubliez pas pour payer le train du Sud…
S’il m’en reste un peu, je vous remonterais un petit souvenir de la Côte ou des petits bonbons de mimosa!
Votre fils Louis-André qui n’oublie pas ses chers parents.
Caresses !

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