ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)




Le four communal d’Annot, fin du 15ème siècle.

Ce four fut au départ construit isolément à l’extérieur des remparts pour de raisons de sécurité, concernant les risques d’incendie.

Logiquement il ne devait comporter que le rez-de-chaussée qui fut complété dans d’autres siècles par le rehaussement de la maison toute entière.

À sa construction, la communauté d’Anot libérée de son suzerain depuis 1042, applique les banalités publiques d’un four communal.

Ce four n’était pas unique, car les fours de Scaffarels et de Rouaine étaient également publics.

Il avait aussi un autre four dans la rue Notre-Dame, encore cadastré en 1830 (Maison Jacky Rous).

Jusqu’au milieu du 20ème siècle, malgré la présence de plusieurs boulangers, ce four était toujours en fonction et un grand nombre de familles allaient y faire cuire le pain.

En fait, seuls les foyers n’exerçant pas d’activités agricoles, achetaient leur pain chez les boulangers.

Le règlement fournier était identique depuis six cents ans : La commune mettait en adjudication la place de "fournier de la communauté" tous les trois ans.

Cela se passait dans l’hôtel de ville aux enchères à la chandelle.

Le mieux disant était choisi et payait sa charge à la mairie. À partir de là, il devait entretenir le four, l’allumer tous les jours avec le bois qu’il fournissait, sauf dimanches et jour de fêtes. Il s’occupait du tour de rôle des clients pour la cuisson du pain.

La veille, les clients se chargeaient de pétrir chez eux la pâte la veille et de la faire lever dans les pétrins ménagers.

Ces vieux pétrins, souvent en noyer, sont encore présents dans bien des vieilles maisons d’Annot.

C’est alors qu’on découpait les "pastoun" de forme ronde, de deux livres, sur des planches, munies de quatre poignées, appelées "tables à pain", qui seraient amenées au four à l’heure prévue.

La pâte lèverait au ch aud et le fournier inciserait le dessus du pastoun de deux coups de rasoir, ce qui l’aiderait à lever ; il se chargerait ensuite de la cuisson, qui durait environ une demi-heure. Pendant cette cuisson, d’autres tables arrivaient et ainsi de suite.

Chaque table comptait six pains de deux livres.

Le fournier se payait d’un pain par table, qu’il revendait aux familles qui ne cuisaient pas le pain. Le fournier commençait sa journée quand l’horloge de l’église piquait les douze coups de minuit et la finissait à deux heures de l’après-diner, après quatorze heures de dur labeur et une dizaine de fournées selon les jours, entre lesquelles le four était souvent ranimé pour l’entretien de la chaleur!

C’est alors, qu’après une bonne soupe grasse, il allait faire sa nuit bien gagnée.

Ce four fonctionna jusqu’en 1930, alors que trois autres boulangers privés étaient installés dans le village.

Le dernier fournier communal fut Antoine Don.

Lors de la guerre de quatorze, Antoine fut mobilisé et son épouse Marie André et ses trois jeunes filles adolescentes Margot, Marie et Joséphine le remplacèrent pour le temps de la guerre (pendant la deuxième guerre, la farine devint rare).

Antoine Don, trop âgé, ses deux filles aînées reprirent du service à ce four, où du pain contenant des pommes de terre y fut cuit pour un temps.

Un pain lourd et indigeste, dont les plus anciens annotains se souviennent encore comme le "pain de guerre".

Haut de page