ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)




Le mystère du gouffre de la Beïte…
(Cent mètres en aval du pont du Bourdon)

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, les annotains se régalaient d’un crustacé d’eau douce, disparu depuis, qui vivait dans la Beïte et procurait à nos ancêtres une nourriture riche et rare : l’écrevisse, "lou chàmbri" en provençal.

Les anciens ont raconté comment leurs pères pratiquaient, pour capturer ces crustacés qui ont aujourd’hui disparu.

On ne peut prétendre sérieusement à une pollution de la vallée de la Beïte, restée dans l’état brut depuis toujours !

Cependant, un événement naturel pourrait expliquer la disparition de ce petit animal qui donna aux anciennes générations un apport alimentaire primordial, riche en protéines et de surplus gratuit.

Nous en reparlerons plus loin, mais en attendant, je vais m’efforcer de vous conter le récit que m’en ont fait les anciens annotains dans les années  1960.

"On gardait une tête de mouton ou de chèvre qu’on laissait faisander une dizaine de jours ; on l’attachait par les cornes;
Après quoi, on l’entortillait de lianes et de grosses ronces, relativement distendues. Chaque famille s’attribuait un trou d’eau (uno lòuno, en provençal);
On y plongeait la tête que l’on laissait trois ou quatre jours;
C’est alors qu’on venait relever cette tête, sur laquelle les écrevisses voraces étaient venues se repaître de viande et s’étaient fait piéger dans le labyrinthe tortueux des ronces.
On dégageait les crustacés prisonniers et on replongeait la tête qui pouvait resservir une dizaine de fois.
À chaque pêche, on pouvait retirer un seau entier d’écrevisses, que l’on laissait bien entendu jeûner, afin de les préparer et de s’en régaler".

Dans les années 1890, les annotains furent stupéfaits de constater qu’avant la sortie du moulin communal, au bout de la basse rue, il n’y avait plus d’eau dans la Beïte.
La dernière "laune" de la Beïte et le trou noir du gouffre

Après avoir remonté le lit du torrent, ils constatèrent que quelques cent mètres sous le pont du Bourdoun, un rocher avait basculé et laissait un trou caverneux, dans lequel s’engouffraient les eaux supérieures.

Ils pensèrent que ce trou se remplirait et que les eaux reprendraient leur cours, mais voilà, les jours passèrent et l’eau s’engouffrait toujours dans cette cavité sans fin.

Un annotain, le conseiller de l’arrondissement, Monsieur Ernest Autran, a tenté quelques années plus tard de teinter les eaux, pour pouvoir définir où elles ressortiraient. Toutes les communes des environs avaient à l’époque été averties, au cas où, d’une fontaine ou d’un ruisseau, surgiraient des eaux verdâtres.

Malheureusement, ces recherches n’ayant pas de caractère officiel, les informations collectées n’ont pas été conservées et nous ignorons aujourd’hui le résultat de cette expérience. Vous pouvez encore à ce jour remonter le lit de la Beïte et constater que derrière un rocher, l’eau s’engouffre et se perd.
Le lit asséché de la Beïte sur l’avant de la photo

Il n’est qu’au printemps, à la fonte des neiges, par un gros orage ou des pluies diluviennes, que le trou déborde et que l’eau ruisselle plus bas, occasionnant la plupart du temps des inondations au niveau de la basse-rue et remplissant de nombreuses caves et magasins du rez-de-chaussée.

En dehors de ces cas épisodiques, le quota d’eau de la Beïte dans le village d’Annot n’est que la sur-verse du canal communal de la Vaïre.

Ce petit mystère rentre dans la liste des questions que je me pose depuis cinquante ans et que nous devrions tous nous formuler aujourd’hui et entre autres, l’origine et la datation véritables des abris-sous-roche et l’existence ou non de cavités et souterrains de l’époque médiévale, notamment templière*.

Cela fait presque un demi-siècle maintenant que je me démène pour répondre à ces questions, parfois avec maladresse, parfois avec bonheur, mais toujours avec probité et j’essaie depuis d’alerter les autorités officielles… mais je me sens parfois bien seul.

*C’est dans le domaine des souterrains éventuels que l’on rencontre le plus de scepticisme et je reconnais que certaines légendes favorisent le doute !
Mais dans le domaine des découvertes, souvenons-nous qu’avant de prouver que la terre était ronde, tous les savants et l’Église elle-même affirmaient qu’elle était plate !
Jean-Louis Damon

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