ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)





Ce qu'apporte l'analyse in situ

Au moins trois campagnes de fortification

L'observation des fortifications telles qu'elles sont de nos jours permet de tirer de nombreuses conclusions. Les tracés, tout d'abord, laissent imaginer au moins trois campagnes de fortifications différentes, peut-être davantage.

La forme générale de l'enceinte, qu'on peut comparer à un 8, laisse peu de doute sur le fait qu'une première enceinte a englobé les constructions situées en contrebas de l'église, autour de la rue Saint-Jean et de la rue Capone. Cette première ligne de défense mesurait environ 200m de longueur et protégeait une surface d'environ 2500m².

C'est peut-être à cette place forte que renvoient les textes qui parlent de castrum annoti (en l'opposant à Petra Annoti) dans la première moitié du 13ème siècle.

L'emplacement des entrées de ville dans cette première ligne de défense n'est pas clairement identifié.

L'acte de 1381 parle de la porte des Roubines, ou Roubinettes, qui pourrait être la porte aujourd’hui disparue de la rue Saint-Jean. Existait-il d'autres portes dont on a complètement perdu la trace ?

C'est bien possible. On peut imaginer une ouverture en direction du Fugeret et l'anomalie constatée dans la ligne du mur au niveau de la parcelle 391 va dans le même sens.

De la même manière, l'emprise de la longue parcelle 361 conduit à se poser des questions.

Son extrémité du côté du mur se situe à un endroit où ce dernier forme un changement de direction. Faut-il imaginer une tour et une porte à cet emplacement ?

Un second projet de fortification a été lancé pour protéger le faubourg né en contrebas du village fortifié. Il forme la seconde boucle du 8 et doit très probablement être rapproché de l'acte de 1381.

D'environ 400m de périmètre, les deux enceintes cumulées protègent une surface d'environ 7000m².

Une troisième phase a consisté, au 16e siècle, à protéger deux rues nouvellement formées : la rue Basse et la rue Notre-Dame.

Les fortifications médiévales constituent un ensemble assez hétérogène - En plusieurs endroits, les murs sont visibles à nu.

C'est le cas notamment le long de la rue des moulins ou dans les combles de l'église. En haut de la rue des moulins, le long de la parcelle 367, le mur mesure 120cm à la base et encore 40cm à son sommet. Le long de cette rue, on peut observer les mêmes archères disposées irrégulièrement.

Certaines ne sont plus visibles de l'extérieur depuis qu'elles ont été obstruées mais restent parfaitement identifiables à l'intérieur des maisons, comme c'est le cas au niveau de la parcelle 361 (maison Verdollin Fabre).

- Le plus souvent, la muraille est aujourd'hui dissimulée à l'intérieur des maisons et largement percée par les ouvertures pratiquées pour assurer les circulations internes. Elle reste donc visible "en coupe", lorsqu'on passe d'une pièce à l'autre.

- Le long de la rue des Vallasses, deux tours de plan rectangulaire, la tour Saint-Martin et la tour du clocher, offrent un visage fort différent de tout ce que l'on peut voir ailleurs à Annot.

Avec leur appareil en pierre de taille et leurs bossages marqués, ces tours sont d'une facture très différente de l'autre tour médiévale encore visible à Annot, celle de la porte de la rue Basse. Faut-il les dater de la première enceinte ? Sont-elles au contraire les restes d'une reprise à peine ébauchée, vers 1380, de la première enceinte ?

La tour Saint-Martin qui se trouve à la porte neuve Notre-Dame, également appelée "le plus haut portail", est la plus petite des deux. Elle a été réduite en hauteur en 1704 en raison du risque que la chute de ses pierres faisait courir.

Comme pour la tour du clocher, on trouve à sa base une petite pièce voûtée et garnie d'archères, des élévations qui comportent quasi exclusivement des pierres bossagées (les bossages, assez prononcés en épaisseur, n'occupent que la partie centrale de la surface de la pierre, sur une portion souvent réduite) et les traces d'une ancienne ouverture à la gorge qui a été obturée.

- Les portes sont tout autant hétéroclites.

Celle de la rue Basse, à l'extrémité de la Grand Rue, la mieux conservée, est surmontée d'une tour.

Elle possède quelques pierres bossagées dans les parements extra muros.

Son couvrement en pierre de taille forme deux arcs brisés qui laissent imaginer qu'elle a été construite selon un premier axe avant d'être reprise ultérieurement dans un nouvel alignement.

On observe une archère entre les deux arcs au niveau des piédroits.

Le premier arc de la porte de la rue Basse est très similaire à celui de la porte vieille de la rue Notre-Dame. Il est brisé, en pierres de taille très minces.

Les assises de la porte de la Grand Rue sont plus hautes que celle de la rue Notre-Dame.

Rue Basse, ce premier arc est renforcé extra muros d'un second, beaucoup plus épais (il atteint presque 1m d'épaisseur) et beaucoup moins brisé, également en pierre de taille, en appareil réglé.

La ressemblance de la porte vieille Notre-Dame et de la porte de la Grand Rue se retrouve dans la présence d'un blason sculpté sur lequel on ne peut qu'imaginer voir des fleurs de lys tant le grès est usé. Celui de la rue Basse est visible sur l'élévation extérieure du second arc.

A-t-il été remployé et déplacé du premier arc vers le second ?

Les autres portes sont moins faciles à décrire.

Celle de la rue Droite, mentionnée par l'acte de 1381, est probablement très comparable aux deux précédentes. Mais l'usure du grès de ses pierres empêche d'être affirmatif.

Celle de la rue Capone, au niveau de la rue Notre-Dame, a connu d'importantes reprises puisqu'un passage couvert, voûté d'arêtes, a été bâti contre son élévation sud-ouest pour former une des maisons de l'alignement de la rue Notre-Dame. La porte qui se trouvait en bas de la rue Saint-Jean a été entièrement détruite.

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