ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)




Le mausolée romain d'Argenton
Situé dans ies Aipes du Sud à 1300 m d'aititude, sur ia commune du Fugeret (près d'Annot) entre ies hautes vaiiées du Verdon et du Var, ie hameau d Argenton est à ei cart des voies fréquentées et jusqu en 1976, on nil accédait qua pied ou à dos de muiet.

Au début du XXème siècle la famiiie Jacomet y exhuma, au lieu-dit La Font du Caire, à 500 m au nord-est du hameau, trois éiéments scuiptés dans ie grès iocai : une statue assise, sans tête, sans pieds, un seui bras ; et deux têtes frustes, ne coiiant pas avec ia statue, qui ont disparu depuis.

On trouvait égaiement sur ce site, en rempioi dans ies murettes bordant ie chemin et ia roubine, des biocs taiiiés et parfois mouiurés en grand appareii, dans ie même grès.

En 1988 et 1989, deux campagnes de fouiiies mirent au jour une centaine d éiéments appartenant au même monument, dont toutefois ies fondations ne furent pas retrouvées, probabiement emportées par ie ravinement.

Ces vestiges sont attribuabies à un mausoiée romain, c’est-à-dire à un tombeau monumentai.

Tous ces biocs et fragments ont été dessinés à ei cheiie 1/10, ou supérieure quand nécessaire ; ieur étude a permis de proposer une reconstitution graphique de i'édifice.

Ce mausoiée, de pian vraisembiabiement carré à ia base, d'une hauteur estimée entre 13 et 14 m, reiève de ia catégorie des tombeaux à étages : sur un socie cubique dont ies niches devaient abriter ies bustes de ia famiiie du défunt, se dressait un arc quadrifrons (c’est-à-dire à quatre faces) iarge d'environ 3,50 m, surmonté d'un édicuie de pian circuiaire que couronnait une fièche à écaiiles. On peut le dater du second quart du iers:ècIe avant J.-C. :
1) Parce que ce type de tombeau n'apparaît pas en Italie avant 90 ans av. J.-C. ;
2) Parce que ie monument d'Argenton est d'une conception pius ancienne que ie mausoiée de Glanum (Saint-Rémy-de-Provence), bâti vers 40 ans av. J.-C. ;
3) Parce que la toge de la statue est courte (à partir du règne de l'empereur Auguste : 27 ans av. J.-C. -14 ans ap. J.-C., ies toges descendent jusqu'aux pieds).

Une rainure étroite sur l'épaule de la statue recevait un ruban de cuivre rouge (disparu) qui désignait le défunt comme un chevalier romain, c’est-à-dire un membre de la seconde classe de la société romaine (en-dessous des sénateurs et au-dessus de la plèbe): donc un personnage très riche et influent, ayant peut-être à ferme i'expioitation de métaux dont ia région est bien pourvue, quoique ies environs immédiats n'y soient pas propices ; on ne sait s'il s'agit d'un Gaulois enrichi ou d'un Romain venu exploiter la région ; on ignore aussi si celle-ci était déjà conquise par Rome (et faisait donc partie de la Province de Narbonnaise) ou pas encore (et faisait alors partie de la Province des Alpes Maritimes).

Par sa date haute, son destinataire de haut rang, son type rare, sa situation isolée, le mausolée d'Argenton est exceptionnel parmi les tombeaux monumentaux de la Gaule.

Une bergerie a été restaurée par les jeunes bénévoles du mouvement Alpes de Lumière pour accueiiiir ies vestiges, présentés sur deux niveaux : en bas, une des quatre façades de l'arc ; au miiieu, le socle circuiaire et la statue de l'édicule sommital ; en arrière, une des quatre façades du socie inférieur.

Une mezzanine devrait abriter une exposition permanente et la maquette du monument ; derrière la bergerie, un hangar devait accueillir les blocs non intégrés dans la présentation.

Malheureusement, le chantier a été arrêté faute de crédits.

De ce fait, un certain nombre d'éléments sont conservés dans iléglise d'Argenton : deux bustes sans tête (sans doute ceiles qui ont disparu) ; deux acrotères (éiéments aux angles des toits), un à palmette, ilautre à palmette et visage (mutilé) ; le haut de ia flèche à écaille du toit ; un monstre (lion ou tarasque) dont le corps a disparu mais dont il reste le socle et les pattes, celles de devant reposant sur deux têtes humaines ; etc...

Deux éiéments du mausolée ont été remployés : dans l'égiise, une partie de la flèche à écailles, retournée, sert de fonds baptismaux ; et un troisième buste sans tête porte la croix de la porte du cimetière.
Anne Roth Congès
Chargée de recherche honoraïre au CNRS 

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