ASSOCIATION
pour la DÉFENSE du
PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot
(04240)
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Le
miracle de Sainte Anne à Entrevaux
La
matinée débute par un temps radieux, transparent et froid.
A
croire que les 2700 mètres du Coyer retiennent sciemment les brumes qui
pleuraient encore dans les vallées.
Tout
le monde s'est levé tard à l'Auberge du Var, où ne brûle plus devant
sainte Anne que la bougie déposée durant la nuit par la fidèle Jeanne.
Dehors,
c'est le silence mais un silence trompeur, car les premiers pénitents
sont déjà là, immobiles, ravis, en extase devant la vieille maison que
la sainte a choisie pour se manifester.
Au
bord de la route on aperçoit un car de tourisme venant de Digne, bondé
de pèlerins, ce qui paraît à Salvadé d'excellent augure.
Il
a même pris le temps, le brave cabaretier, d'organiser la réception en
attendant qu'on installe sainte Anne dans un endroit plus propice.
Les
cierges sont en vente au comptoir, prix variable selon leur grosseur
naturellement, et les troncs
attendent la bonne volonté des visiteurs.
On
a placé devant la petite table ronde une rampe pour vérifier que les
curieux avides, comme cela s'est déjà produit, ne puissent racler le
sang caillé qui subsiste encore sur la main mutilée.
La procession commence avec lenteur, recueillement et ferveur.
Certains
murmurent d'indistinctes prières, d'autres s'appuient sur des
béquilles, et tous ont dans les yeux la flamme éternelle de l'espoir.
Au milieu de l'après-midi, deux hommes bousculent le cortège, avec des
instruments qu'ils sortent d'une voiture.
C'est
le docteur Tropini et l'un de ses aides. Ils viennent procéder, à la
demande du maire et l'assentiment empressé de Salvadé, à la
radiographie de la statuette. "On ne sait jamais" a dit Bernardini.
Mais
sainte Anne est mal placée dans le fond de la salle. Il faut
l'installer au milieu.
Qu'à
cela ne tienne. Salvadé recommence sa manoeuvre, passe derrière la
statuette qu'il va soulever en la tenant contre son ventre, car c'est
évidemment la meilleure façon de s'y prendre. Les assistants ne
respirent plus.
On
sent d'une manière palpable, physique, que quelque chose va se produire
et le miracle se produit.
A
croire que sainte Anne souffre et saigne chaque fois qu'on la remue.
C'est
d'ailleurs ce qui avait éveillé les soupçons du secrétaire de mairie.
"Supposez que l'on trouve des tubes, ça expliquerait tout".
Deux
gouttes sont tombées sous le nez des témoins de nouveau extasiés. Le
docteur radiologue, apparemment réfractaire au miracle, déploie ses
plaques et prend plusieurs clichés sous des angles différents.
La
statuette,
qui ne saigne plus, est alors replacée dans son alcôve sous la douce
lumière des cierges et l'odeur entêtante des fleurs.
Les
témoins remontent à bord du car de Digne où Salvadé va les rejoindre.
Il
connaît le chauffeur et lui recommande d'organiser des visites guidées
comme celle-là, le plus souvent possible, il y trouvera aussi son
compte. Le chauffeur n'a pas besoin
qu'on lui fasse un dessin.
La
nuit tombe doucement dans la bénédiction de ce crépuscule, et un
nouveau prodige incompréhensible se produit…
Joseph Cotton, le facteur d’Entrevaux, entre brusquement dans le café
en s’écriant : "Il y a une lueur bleue au-dessus du toit…".
Tout
le monde se précipite pour voir le phénomène…Incompréhensible…
Incompréhensible, puisque c'est un prodige.
Là-haut,
sur le toit en terrasse une lueur bleue apparaît, s'amplifie et couvre
toute la maison.
Le
bleu est celui du manteau de sainte Anne.
Aucun
doute, c'est bien le manteau de la sainte qui a pris sous sa céleste
protection l'humble auberge de campagne.
Mêmes
causes, mêmes effets. Des murmures s'élèvent, des gens se signent,
d'autres tombent à genoux, jusqu'à Salvadé, dont le scepticisme lui a
valu l'épithète de "Saint-Thomas de la limonade", qui ébauche un signe
de croix en contemplant ce nouveau miracle.
Si
l'on avait eu
quelque doute sur la conduite de l'honorable débitant, rien n'est plus
de mise aujourd'hui, puisqu'il partage avec les pèlerins et au milieu
d'eux, leurs transports mystiques.
Le
voile bleu de sainte Anne l'a lavé de tout soupçon.
Un
seul s'en va en haussant les épaules : Richer, le secrétaire de mairie,
l'irréductible, qui attend avec impatience le résultat des radios de
Tropini.
