ASSOCIATION pour la DÉFENSE du PATRIMOINE COMMUNAL du pays d'Annot (04240)




Séminaire des Templiers tenu à Annot en 2014.
Les Templiers de la Vaïre

Cela fait environ quarante ans que je fréquente les archives d’Annot et croyez bien que c’est la passion qui m’anime, car Dieu, que la vieille poussière sent bon, quand on aime l’histoire.

J’ai donc la lourde charge de vous parler des Templiers locaux ; d’autant lourde que le créneau qui m’est imparti est léger, si j’ose dire.

Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que les archives concernant le sujet, sont, on ne peut plus discrètes.

D’autre part, l’intérêt pour cette période de l’histoire est tel, que se sont créés de multiples légendes et fantasmes qui gênent parfois et rendent complexe et nébuleuse la frontière entre la grande et la petite histoire.

Néanmoins, le fait que la Provence était à l’époque indépendante du Royaume de France, a sans doute permis à certaines archives d’être mises à l’abri, au lieu d’être détruites ; ceci à la suppression de l’Ordre en 1307 et lors de l’arrestation des Templiers, en Provence orientale au printemps 1308.

Quoiqu’il en soit, si je ne suis pas trop malhabile en ce qui concerne l’histoire locale, je ne suis pas, loin s’en faut, historien des Templiers et je m’en tiendrai à l’histoire locale.

De même, vous comprendrez que je ne suis pas partie prenante et que je ne suis pas ici pour vous en faire une aveugle apologie ; j’essaierai d’être objectif, sans édulcorer certains aspects que l’on peut juger aujourd’hui rétrogrades, notamment en ce qui concerne le sexe féminin ; notons cependant que nous parlons de mœurs du XIIème siècle et qu’il est encore aujourd’hui, neuf siècles après, des pays et des religions qui font l’éloge de tels dogmes.

Naturellement ceci n’excuse pas forcément cela. Dès le milieu du XIIème siècle, les divers historiens attestent la présence de l’Ordre sur la vallée entière, de La Colle à Saint Benoit.

On a même prétendu que toutes les tours templières de la vallée de la Vaïre, dont il ne reste quasiment à ce jour que des ruines, sauf à Annot, étaient visibles et repérables les unes des autres ; cela aurait permis de jour comme de nuit, de pouvoir communiquer entre elles, par feux ou fumées, en cas de besoin.

Ces tenures ou maisons rurales, n’étaient pas des grands domaines et surtout pas des lieux fortifiés ; elles n’avaient pas un rôle franchement militaire, tout au plus de défense, en cas d’attaque. 

Les biens templiers de la vallée semblent venir de legs de dépendances de l’Abbaye Saint Victor de Marseille, sous l’autorité directe du Pape; les biens de ce monastère avaient été légués dès 1042, par le Seigneur "Hermérincus de Anoth"(Nous avons de précieux renseignements dans le cartulaire de cette abbaye).

Du début du 12ème siècle et ce pour deux siècles, on peut considérer que les Templiers vécurent dans le bâtiment jouxtant la chapelle de Vers-la-Ville.

À partir de 1308, dès la fin de l’Ordre, les domaines templiers furent légués par le Pape à un autre monastère, l’abbaye Saint Pons de Nice, qui perdurera à Annot jusqu’en 1690.

Les historiens attestent volontiers que la chapelle de Vérimande, près de la tour, a été construite par les templiers eux-mêmes ; l’érection de cette chapelle dès l’installation des Templiers est en soi logique, sinon impérative, d’après la bulle papale "Militia Dei" de 1144, qui les enjoint : "Le pouvoir et le devoir vous sont accordés de construire des oratoires et des lieux de culte, aux endroits dont on vous a fait donation et qui sont habités par les membres du Saint Ordre, afin que vous puissiez assister aux offices divins et y recevoir la sépulture ; car il serait indécent et dangereux à des personnes de notre ordre de se trouver dans des assemblées où des femmes seraient confondues avec des séculiers, toutes les fois qu’il s’agirait d’assister à l’église…"

Ce texte nous autorise donc à penser que les Templiers ont construits eux-mêmes la chapelle de Vérimande et un cimetière y attenant (des sépultures contenant des tombes recouvertes de dalles de pierre furent découvertes autour de la chapelle, vers 1960 ; elles contenaient des ossements humains. Il s’agirait peut-être du cimetière templier ordonné par le Pape. Cependant, il est reconnu que la chapelle fut reconstruite sans doute au XVIIIème sur les ruines de l’ancienne.

L’Ordre possédait également des terres adjacentes à cette chapelle et cette tour, dans le quartier de Vérimande, Il en avait également à Vers-la-Ville et sa chapelle, qui formaient jusqu’au 11ème siècle le centre de la cité. Ces tenures étaient tenues par des moines appelés "frères-servans" qui s’occupaient des travaux agricoles. Ils étaient en principe au nombre de trois ou quatre.

L’un d’eux était le précepteur, qui avait autorité sur les biens et les personnes ; son rôle était celui de métayer agricole et il était responsable des bâtiments devant le Commandeur de la puissante Commanderie de Rigaud, près de Touët de Beuil dans les alpes maritimes.

Dans cette commanderie résidaient plusieurs chevaliers et leurs écuyers.

Les moines étaient secondés par des serfs, qui servaient les Templiers.

Le 14 aout 1789, jour de l’abolition du servage, les terres que les ancêtres de ces serfs travaillaient depuis des siècles, pour les différentes abbayes locales, les Templiers et la Communauté d’Annot, leur furent attribuées et pour une grande partie appartiennent toujours à leurs descendants.

Les moines, contrairement aux templiers militaires habillés de blanc, étaient vêtus de noir, à l’exception de toute autre couleur, sauf la croix rouge, sur la poitrine.

Ils avaient l’obligation de porter sur la peau, même en été, une chemise de laine, des braies, une tunique allant aux genoux et de courtes bottes.

Selon la saison et leurs occupations, ils portaient un grand manteau, fermé par un cordon, avec sur le cœur, la croix rouge.

Il était interdit de porter, même en hiver, des vêtements de peau de bêtes, exception faite pour les couvertures, uniquement en peau de mouton ou bélier.

Il faut que les Templiers aient les cheveux coupés de telle manière qu’ils puissent voir devant et derrière. De même, pour la barbe et les grenons (moustaches), afin d’éviter le ridicule et la raillerie, qui nuiraient au saint nom de Dieu.

Ils faisaient les trois vœux canoniques : chasteté, pauvreté et obéissance au grand Maître de l’Ordre et au Pape.

Ils ne dépendaient aucunement de l’Evêque local de Glandèves. Toute maison rurale doit labourer ses terres, entretenir ses vergers, semer le blé et l’orge, élever les moutons, les vaches, les pourceaux et les volailles et nourrir un couple de bœufs pour les labours, ainsi que des chevaux pour les missions.

Sur Saint Benoit et Annot, un grand nombre de vignes était entretenu, mais le vin ne devait être bu qu’avec force modération par les membres de l’Ordre. Le reste était vendu, ainsi que tous les produits des fermes au marché semainier à Annot et l’argent était collecté par le précepteur et remis au trésorier local, le commandeur de Rigaud.

À Anoth, le 5 février 1308, à la Tour de Vérimande, le Viguier et ses hommes procédèrent à l’inventaire du patrimoine des Templiers locaux, en présence des derniers occupants, dont un certain Orsetti, (Archives des Bouches du Rhône).

Ma mission n’est pas de vous conter la suite et la fin dramatique de l’Ordre ; c’est une histoire que vous connaissez mieux que moi.
J-L D.
Etude du terrain avec LIDAR  
Une légendes de tous temps contées par les habitants.  

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